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Marché IT suisse : moins de vagues d'embauche, plus de spécialistes

Deux mouvements se croisent sur le marché IT suisse, et ils tirent en sens contraire. Le contexte économique général se refroidit ; la pénurie de compétences, elle, reste structurelle. On peut donc lire la même période comme un ralentissement ou comme une opportunité, selon le profil dont on parle.

Deux mouvements se croisent sur le marché IT suisse, et ils tirent en sens contraire. Le contexte économique général se refroidit ; la pénurie de compétences, elle, reste structurelle. On peut donc lire la même période comme un ralentissement ou comme une opportunité, selon le profil dont on parle.

Une pénurie qui ne se résorbe pas

Les prévisions de besoins en formation établies pour ICT-Formation professionnelle Suisse chiffrent à environ 128 600 le nombre de spécialistes TIC supplémentaires nécessaires au pays d'ici 2033. En tenant compte des diplômés attendus et de l'immigration, il resterait un déficit de l'ordre de 54 400 personnes qualifiées. Le système de formation ne devrait produire qu'environ 44 000 spécialistes supplémentaires sur la période.

128 600spécialistes TIC supplémentaires nécessaires d'ici 2033
54 400déficit prévu malgré les diplômés et l'immigration
44 000spécialistes que le système de formation produira

L'écart n'est pas conjoncturel. Il ne se comblera pas par un retournement du cycle.

Un marché qui se recalibre plutôt qu'il ne recule

Dans le même temps, le nombre total d'offres dans le secteur informatique stagne ou décroît légèrement. La contradiction n'est qu'apparente : les entreprises recrutent moins largement, mais de façon plus ciblée.

Le basculement se lit dans les intitulés. On est passé d'une logique de construction à une logique d'exploitation sécurisée. Les questions posées aux directions informatiques ne sont plus « que construisons-nous ? » mais « qui surveille les accès, qui sécurise le cloud, combien cela coûte-t-il en fonctionnement ? ». Les profils capables de parler fiabilité et coût, et non seulement technologie, sortent du lot.

Concrètement, la demande se concentre sur la cybersécurité — gouvernance et conformité, centre opérationnel de sécurité, gestion des identités et des accès, sécurité du cloud —, sur l'ingénierie cloud et la maîtrise des coûts d'infrastructure, sur l'ingénierie de données, et sur les architectes capables d'articuler ces domaines.

L'intelligence artificielle crée de la demande et du bruit

Le rapport Tech Trends 2026 de la plateforme Malt, établi sur l'analyse de 2,5 millions de recherches, place l'intelligence artificielle au deuxième rang des compétences les plus demandées, tous secteurs confondus. Elle figure comme compétence obligatoire dans 22 % des cahiers des charges non techniques.

Cette progression appelle une nuance. Le marché est bruyant : afficher « IA » sur un profil ne suffit plus à se distinguer, précisément parce que tout le monde le fait. Ce qui se vend est la démonstration d'un cas d'usage métier abouti — une automatisation qui a réduit un délai, un agent qui a remplacé une tâche mesurable.

Ce qui se vend n'est plus le mot-clé, mais la preuve.

Deux échéances réglementaires qui vont peser

Deux dates méritent d'être notées par les consultants qui travaillent pour des industriels ou des exploitants d'infrastructures.

Le règlement européen sur la cyberrésilience devient applicable le 11 septembre 2026. Les fabricants qui commercialisent des produits dans l'Union — y compris depuis la Suisse — devront signaler les vulnérabilités, sur les produits en vente comme sur ceux déjà déployés.

Côté suisse, l'obligation d'annonce des cyberattaques visant les infrastructures critiques est en place, assortie d'un délai de vingt-quatre heures. Les entreprises de moins de cinquante personnes réalisant moins de dix millions de francs dans le domaine concerné en sont dispensées.

Ces deux échéances créent une demande de conformité que peu d'organisations ont provisionnée en compétences internes. C'est mécaniquement un marché de missions.

Ce que cela implique pour un consultant porté

La spécialisation devient défensive. Le développeur senior généraliste et interchangeable subit davantage la pression tarifaire que le même profil avec un domaine assumé. Il ne s'agit pas de se restreindre, mais de nommer clairement ce que l'on fait mieux que la moyenne.

Les missions se prolongent dans les secteurs réglementés. Finance, assurance, pharma et santé, très présents sur l'arc lémanique, produisent des missions longues parce que la contrainte de conformité ne s'arrête pas à la mise en production.

La régularité du revenu devient un sujet en soi. Un marché plus sélectif signifie des périodes d'intercontrat plus probables, y compris pour de bons profils.

Le point où le statut compte

Le portage salarial ouvre le droit à l'assurance chômage, ce que le statut d'indépendant ne fait pas. Sur un marché qui se resserre, cette différence cesse d'être théorique.

Le marché ne s'effondre pas. Il devient exigeant sur la démonstration. Un consultant qui sait dire quel problème il résout, pour quel type d'organisation et avec quelle preuve, reste rare — et le restera au moins jusqu'en 2033, si l'on en croit les projections.

Voir les missions ouvertes

Sources

Prévisions de besoins en formation ICT-Formation professionnelle Suisse. Malt, Tech Trends 2026. Règlement européen sur la cyberrésilience. Loi fédérale sur la sécurité de l'information.